Français - Lettres

Terreur

Par ISABELLE GUERRIN, publié le jeudi 1 décembre 2016 17:05 - Mis à jour le jeudi 1 décembre 2016 17:05

Ce soir-là j’avais lu fort longtemps quelque auteur.

Il était bien minuit, et tout à coup j’eus peur.

Peur de quoi ? je ne sais, mais une peur horrible.

Je compris, haletant et frissonnant d’effroi,

Qu’il allait se passer une chose terrible…

Alors il me sembla sentir derrière moi

Quelqu’un qui se tenait debout, dont la figure

Riait d’un rire atroce, immobile et nerveux :

Et je n’entendais rien, cependant. O torture !

Sentir qu’il se baissait à toucher mes cheveux,

Et qu’il allait poser sa main sur mon épaule,

Et que j’allais mourir au bruit de sa parole !…

Il se penchait toujours vers moi, toujours plus près ;

Et moi, pour mon salut éternel, je n’aurais

Ni fait un mouvement ni détourné la tête…

Ainsi que des oiseaux battus par la tempête,

Mes pensers tournoyaient comme affolés d’horreur.

Une sueur de mort me glaçait chaque membre,

Et je n’entendais pas d’autre bruit dans ma chambre

Que celui de mes dents qui claquaient de terreur.

Un craquement se fit soudain ; fou d’épouvante,

Ayant poussé le plus terrible hurlement

Qui soit jamais sorti de poitrine vivante,

Je tombai sur le dos, roide et sans mouvement.

 

Guy de Maupassant, Des vers, 1880

1. roide : raide

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